Né en 1931, Serge Traverse s’est éteint le 27 juin 2026 à Vertheuil (Gironde), à l’âge de 95 ans.
Son parcours fut marqué par la volonté de surmonter le handicap de ses origines sociales modestes et de vivre un engagement humanitaire sans compromis ce qui explique les nombreuses ruptures de sa carrière professionnelle.
Après avoir passé un CAP de forgeron, Serge Traverse changea de voie et obtient le diplôme de l’École d’agriculture de Blanquefort. Il fut alors question de préparer une école d’ingénieur agronome. Le projet échoua en raison des faibles moyens financiers parentaux et du manque de soutien de la commune à sa demande de bourse. C’était au début des années 50. Il dut alors faire ses deux ans de service militaire en Algérie qu’il termina avec le grade de sous-officier. De retour en France, il s’engagea dans la voie du développement en Afrique. Il fut alors embauché pour s’occuper, en Oubangui-Chari, de la culture et récolte du coton dans la région d’Alindao à 750 km de Bangui. Il y resta jusqu’à l’époque de l’Indépendance de la RCA proclamée en 1960.
De 1960 à1962, il fut au service du Ministère de la France d’outre-mer en tant que chef du sous-secteur agricole pour le Niger.
Il rentra à l’Irat en 1962. Il fut affecté cinq ans au Gabon puis huit ans à Ziguinchor en Casamance où il s’occupa des cultures paysannes
du riz. C’était une personnalité de cette ville où il assurait, entre autres, la formation des pilotes de l’aéroclub. Sa soif de découverte l’amena ensuite, en 1975, à la FAO, mais il garda un bon souvenir de l’Irat dont il écrivit que ce fut l’employeur où « il a le plus appris et fait le travail le plus passionnant ». Grâce à la réussite de ses travaux, il fut exceptionnellement classé au grade d’agronome. Il attira également l’attention du ministère de l’Agriculture et reçut la croix de chevalier du Mérite agricole à l’âge de 35 ans. Partout où il était en poste, il faisait valoir sa compétence, son énergie, sa débrouillardise, son contact humain, son souci du paysannat. Il se faisait aussi remarquer par son indépendance d’esprit et son regard critique sur une hiérarchie qu’il jugeait souvent imbue d’elle-même et étrangère aux réalités de terrain. Sur un plan personnel, il connut bien des aventures dans des situations liées à sa passion pour la faune et la flore locales.
Entré en 1975 à la FAO, d’abord fonctionnaire permanent puis free-lance pour la division d’urgence, il collabora à des missions humanitaires pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Des interventions au Cambodge après la chute des Khmers Rouges le confrontèrent, de 1980 à 1983, à des situations humaines dramatiques, mais il œuvra efficacement à la relance de la culture du riz du pays. Par la suite, de 1988 à 1989, Il intervient en Éthiopie comme ingénieur-conseil du Comité international de la Croix-Rouge. Il acheva sa carrière professionnelle en 1992 dans un bureau d’études en dirigeant un projet agricole en Guinée-Bissau financé par la FED.
Refusant d’être un simple fonctionnaire, il revendiqua tout au long de sa carrière une grande liberté d’esprit et une forte autonomie dans son travail.
En Afrique, les habitants lui attribuèrent le surnom de « Bamara », « le lion », en reconnaissance de son courage et de la confiance qu’il inspirait. Ce surnom deviendra le titre de son ouvrage autobiographique.
En 2012, il publia BAMARA, le lion, un ouvrage captivant, dans la veine des grands récits d’aventure d’Henri de Monfreid. Ce livre retrace une vie d’expériences authentiques : missions agricoles, expéditions en brousse, rencontres humaines, mais aussi épisodes de chasse — aux canards dans les marais de Casamance, ainsi qu’au crocodile, au buffle, à la panthère et à d’autres animaux susceptibles de menacer les villages. À la fois récit d’aventure et témoignage d’époque, l’ouvrage restitue le quotidien des coopérants français dans les pays nouvellement indépendants.
Serge Traverse appartenait pleinement à cette génération des « baroudeurs » du développement agricole des années 1950 à 1980.

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