Né en 1943, d’un père agriculteur, avec un frère ainé passé par l’Agro, c’est tout naturellement que je me lance également dans la branche agronomique. Intégrant Grignon (alors encore séparée de l’Agro de Paris) je trouve, tout à fait par hasard à ma sortie, un poste de coopérant (VSN) à l’IRHO (Institut de Recherche pour les Huiles et Oléagineux, membre fondateur du Cirad en 1984) en Côte d’Ivoire sur la station de recherche de La Mé.

Je ne peux alors imaginer que mon destin est scellé dans les grandes lignes : je ne quitterai plus le palmier à huile dont la production mondiale se développera à un rythme exponentiel (doublement tous les 10 ans) tout en étant intimement persuadé que ma contribution à cet essor ne doit pas dépasser la goutte d’huile !

Après mon service, c’est à titre « civil » que je poursuis à La Mé. Au total c’est 16 ans de ma carrière que je passerai en Côte d’Ivoire au cours de trois périodes (1966-73, 79-81, 85-92) depuis le « miracle ivoirien » jusqu’à la « conjoncture » en quittant définitivement ce pays à l’époque des privatisations imposées par FMI et Banque Mondiale, et peu de temps avant la mort du président Houphouet-Boigny, la dévaluation du Fcfa et bien avant les troubles politiques dégénérant en plusieurs séquences de guerres civiles. J’alterne alors recherches en station (agronomie et écologie) et développement dans les sociétés d’Etat : tour à tour inspecteur des plantations villageoises (SODEPALM) et des palmeraies agroindustrielles (PALMINDUSTRIE) ce qui me donne une réputation de touche à tout, fort prisée à l’IRHO de cette époque.

La période indonésienne débutera en 1973 par ma participation à un projet FAO/PNUD de réhabilitation R & D des palmeraies d’Etat à Sumatra. Il s’agit des plantations agroindustrielles, hollandaises lors de la colonisation, qui ont fortement souffert des troubles des années 60 consécutives à la prise de pouvoir de Sukarno destituant Suharto. A la fin de ce détachement c’est en chef de projet de collaboration entre le privé (SOCFINDO) et l’IRHO que je suis chargé de planter en 2 ans plusieurs centaines d’ha d’essais comparatifs d’hybrides qui permettront, 10 ans plus tard, de donner une assise internationale au matériel végétal palmier promu par le réseau IRHO/Cirad et ses partenaires (Côte d’Ivoire, Bénin, Cameroun, Colombie, Equateur, Brésil).

Fin 1979, l’IRHO me prie de quitter l’Indonésie pour créer l’équivalent au Brésil avec un contrat qui est en négociation avec l’EMBRAPA. C’est juste après le second choc pétrolier et le Brésil s’imagine produisant des quantités fabuleuses d’huile de palme utilisables comme biocarburant. Mais la signature du contrat traine et, en attendant, on m’envoie en Côte d’Ivoire pendant 2 ans. Enfin au Brésil je mets en place, avec l’EMBRAPA, la station du Rio Urubu, à 100 km de Manaus tout en étant domicilié en ville, ce pendant 3 ans. Au fil du temps cette station et la filière palmier à huile seront systématiquement négligées par l’EMBRAPA car c’est la canne à sucre et le programme PROALCOOL qui se développeront en lieu et place du palmier à huile en Amazonie souffrant, de plus, d’une maladie létale endémique, « la pourriture du cœur ».

Encore en Côte d’Ivoire en 1992, l’IRHO/Cirad me demande de rentrer à Paris en prévision de nouvelles aventures en Papouasie-Nouvelle Guinée, suite à un contrat en cours de négociation. Mais cet accord échouant, et m’ayant sous la main à Paris, on me met en conditions pour prendre la direction du « Programme Palmier » au sein du département des « Cultures pérennes » du Cirad à Montpellier à compter du 1er janvier 1993, date de la disparition officielle des instituts fondateurs. Je résisterai plus de 8 ans à ce poste, étonné de ma stabilité face à la valse des directeurs généraux du Cirad et de départements ! La gestion d’une quarantaine de chercheurs et techniciens dans toutes les disciplines dédiées au palmier à huile, basés à Montpellier ou dans plusieurs pays de la ceinture tropicale, en coopération avec des centres de recherche publics ou en contrats avec des entreprises privées a déjà de quoi occuper à plein temps. Mais de plus, les grandes banques (Rabobank, HSBC, UBS, BNP, Crédit Agricole, etc.) organisées en consortium, finançant de grands projets palmier en Indonésie sont attirés par le sérieux du Cirad et demandent des experts pour inspecter les nouveaux projets afin de vérifier qu’ils sont bien en conformité avec les plans de financement. Ayant le profil pour la partie plantations, je suis désigné pour réaliser ces expertises et enchainer mission sur mission dans la période 1994-97, ce qui me permet de constater des excès de toutes sortes avec de graves conséquences écologiques : défrichement de la forêt dans des zones impropres à la culture (zones trop sèches, sols marécageux sulfatés acides,…). La crise financière asiatique de 1997 donnera un coup d’arrêt (provisoire) à cette frénésie de plantation à tout va, et me libérera de cette expertise délicate (pressions, sinon corruption, de certaines sociétés inspectées…).

En 2003 je choisis de m’échapper de Montpellier, missionné par le Ministère des Affaires Etrangères au Cameroun, à l’IRAD (institut de recherche agricole pour le développement) avec une triple casquette : conseiller auprès de la direction scientifique de cet institut, chef d’un projet financé par le MAE à l’intention de l’IRAD et animateur du PCP (pôle de compétence en partenariat) sur le développement des exploitations familiales du sud forestier du Cameroun. J’arrive à point nommé à l’IRAD qui vient de recruter plus d’une centaine de jeunes chercheurs en une seule fois après 10 ans de non-recrutement pour cause de crise économique post-dévaluation du FCFA. Ces nouveaux chercheurs sont, pour la plupart, des ingénieurs agronomes issus de l’université de Dschang, mais sans masters ni thèses : il faut donc les orienter afin qu’ils puissent progresser vers un profil ressemblant à celui des jeunes chercheurs du Cirad, bardés de diplômes. Ce qui est frappant à l’IRAD c’est l’absence de budget officiel de fonctionnement pour les chercheurs : ceux-ci, pour espérer travailler avec une certaine efficacité, doivent donc faire appel quand ils le veulent et le peuvent à des financements extérieurs (UE, ambassade de France, Allemagne, Canada, etc.). A la fin de mon premier contrat de 2 ans avec le MAE, je décide de ne pas le renouveler car, summum de l’organisation des financements de la France, l’expert est rémunéré pour piloter un projet en coopération dont le financement n’est toujours pas disponible après 2 ans d’attente !

De retour à Montpellier, je suis bombardé responsable du stand du Cirad au Salon de l’Agriculture 2007, axé sur les filières Palmier à huile et Cocotier, déjà bien controversées dans les milieux écologiques et médicaux diététiques en France, controverses sur lesquelles il y aurait tellement à dire !

Alors que j’avais passé le plus clair de mon temps dans des palmeraies de toutes tailles aux quatre coins du monde, il me restait à découvrir une perle… Mais cela ne se fera qu’après mon départ à la retraite : comment apprendre à planter et à exploiter le palmier à huile à des Pygmées baka, nomades chasseurs-cueilleurs de la forêt ? C’est ce que je découvrirai avec étonnement et émerveillement dans l’Est camerounais à Moloundou, au contact de Sœur Thérèse Beudin, religieuse de choc !


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