Famille et études - Je suis né en janvier 1943 de l’alliance de deux familles cévenoles faites de gens simples, courageux et profondément croyants, pratiquant au quotidien, amour, service au autres et joie. Une maman belle et douce, voix d’ange et toute de générosité, un papa grand sportif, beau brun aux yeux bleus, joyeux compagnon et ingénieur des mines, mais, victime de la passion pour son métier et de son dévouement, parti beaucoup trop vite d’un accident de mine en Grèce, imposant à notre jeune veuve de maman de se replier en catastrophe sur la France avec mes trois frères et sœur et venir rejoindre sur Montpellier, le pensionnaire que j’étais depuis quelques mois au Collège de Jésuites Saint-François Régis ! Avec le soutien affectueux permanent de nos familles et d’amis formidables, maman nous a assuré une enfance heureuse et des scolarités paisibles et globalement réussies.
Pour moi, un Bac Mathématiques élémentaires, puis une années de prépa Agri à Montpellier et deux années de prépa Agro à Toulouse avec une intégration à l’INA/Paris en 1963 dans une promotion comprenant notamment Henri Carsalade, Hubert Manichon, et notre major, Maurice Rossin.
Tout au long de mes études , j’ai eu la grande chance d’être initié dans l’action à la vie du travail, engagé que j’étais lors de chaque vacance scolaire, au sein des équipes d’exploitation forestière en Cévennes de l’entreprise très active dans le Sud de la France du petit frère de maman, personnage « hors norme », habité par la passion de sa Terre, de son métier, de la chasse aux sangliers, et de poésie célébrant sa belle région aux côtés des chantres plus connus qu’étaient Chabrol et Ferrat, citoyen engagé, alors plus jeune maire de France et responsable de sa belle commune de Saint-Jean de Maruéjols sur près de 40 ans, pour moi en tout cas, un modèle admiré et un parfait maître de « l’école de la vie » !
Polynésie et Pacifique - Fraichement diplômé de l’Agro avec une spécialisation en Machinisme Agricole et Sciences économiques connexes (CNEEMA), le hasard m’a conduit mi-1966, avec deux de mes collègues de l’Agro (Serge Gachet et Jacques Réveille), au Service de l’Agriculture de Polynésie française au titre d’un Volontariat de l’Aide Technique de deux années. En fait, l’aventure devait se prolonger sur vingt ans de véritable bonheur professionnel après un bref intermède au CEEMAT (participation à la rédaction d’un « Manuel de motorisation des cultures tropicales »)
Vingt années d’initiation appliquée à l’agronomie tropicale sous la houlette d’un étonnant patron d’accueil, formidable « agronome à l’ancienne » , Robert Millaud (Montpellier 1940, et qui, facétie du destin, avait sa maison de France… dans le village cévenol de mon papa !), au travers de la pratique de technologies aussi « avant-gardistes » alors que hydroponie, mycorhization, lutte biologique, hybridation…Vingt années d’engagement, au cœur de réseaux opérationnels de collaboration très ouverte avec les meilleures équipes scientifiques du monde qui fonctionnent dans le bassin Pacifique (Californie, Hawaï, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Taiwan), sur des stratégies de réponse aux formidables contraintes de ces petits milieux insulaires fragiles et sous la menace permanente de phénomènes climatiques dévastateurs, à savoir comment gérer sur des espaces restreints, aux ressources limitées , des populations croissantes, aux besoins croissants en nourriture et eau douce, des contraintes qui ne sont autres que les problématiques majeures qui pressent avec insistance, notre Humanité d’aujourd’hui,. Vingt années faites de positionnements évolutifs de responsable de recherche Territoire, de représentant du GERDAT/IRAT au Territoire, m’offrant la chance de côtoyer des chercheurs passionnés, de chef du service d’agriculture, et de formidables défis à relever comme l’organisation du premier stand de Tahiti au SIA en 1988, comme l’animation sur toutes les îles habitées de la Polynésie grâce à la disponibilité de l’Amiral de la flotte française, de rassemblements d’agriculteurs et éleveurs. Vingt années à échanger avec d’étonnants responsables politiques, scientifiques, opérateurs, et autres personnages de l’ensemble des pays du grand Pacifique, d’initiation aux sports « régionaux » notamment la formidable pirogue polynésienne et à la photographie et au cinéma aux côtés de professionnels comme Gérard Krémer et les plus connus Christian Zuber et Adolphe Sylvain, le « Gauguin » de la pellicule, avec à la clef, un « Tiki d’Or »au festival du cinéma amateur de Tahiti en 1973 . Vint années de vie personnelle passionnante faite de découverte des vastes et somptueux espaces polynésiens, des femmes et hommes les habitant , de leurs coutumes et leur histoire, d’une vie sociale très dynamique aux côtés d’une épouse issue de grande famille antillaise, et d’une fillette délicieuse : un vrai film en cinémascope, avec ses joies et ses drames comme les cyclones de 1983 et les émeutes populaires de Papeete de 1985.
Vingt années enfin pour m’imprégner de cet esprit « Pacifique », qui habitait les intrépides navigateurs « maoris » et qui consiste à être convaincu, que face à chaque problème, il y a toujours une solution, en fait que rien n’est impossible…
Madagascar et Océan Indien – Début 1989 ce fut Madagascar, une autre légende de l’agronomie tropicale, sanctuaire de décennies de travaux-références en la matière, l’Ile-continent au paysannat fabuleux, pays alors en crise, imposant aux divers acteurs d’imaginer des montages institutionnels originaux, pour moi l’opportunité d’animer de formidables équipes dans un contexte fait également de fortes évolutions de notre institution et ses modalités d’intervention. Au-delà de la découverte du système de la coopération internationale dans un pays du Sud, il y eut cette passionnante aventure professionnelle et humaine de l’ajustement à l’échelle des petites agricultures familiales, des étonnants systèmes brésiliens dits de « semis direct », tombé que j’étais dès mon arrivée dans la marmite de « l’agro- écologie » mitonnée par notre collègue Lucien Seguy (Toulouse 63) pour moi le plus grand agronome de notre temps…
Au plan personnel, la perte de mon épouse, passionnée du monde hospitalier et formidable infirmière « bénédiction » pour ses patients, décédée en 1996 à Paris, des suites d’un mal implacable, assurément l’une des très nombreuses victimes des campagnes nucléaires dans le Pacifique, au même titre malheureusement que beaucoup trop de nos amis et collègues de Polynésie !
Cameroun et Afrique centrale- Ensuite ce fut l’Afrique centrale, avec un positionnement début 1999, comme Directeur Régional du CIRAD basé au Cameroun, et découverte, aux côtés de ma jeune épouse malgache, d’un autre monde, fait des paysages aussi contrastés que la forêt équatoriale et les vastes espaces de savanes, fait de personnages hauts en couleur et très attachants, une vie sociale très riche. Un monde porteur lui aussi d’une histoire forte de l’agronomie tropicale, un monde fait du contraste entre les activités de cueillette et braconnage et la très haute technicité des professionnels de l’agro-industrie du coton, de la banane, du palmier à huile, du cacao.. L’opportunité aussi de vivre en petit acteur un contexte riche fait de l’engagement de réflexions stratégiques nationales et de formidables défis à relever comme la préparation et l’animation aux côtés d’un petit opérateur économique « visionnaire », d’un très réussi Forum International du Cacao et Café et la participation à l’animation d’une plate-forme « mixte » très ouverte de recherche appliquée de plus de cent personnes, constituée sur base compétitive entre chercheurs, universitaires, étudiants, cadres d’ONG et organisations agricoles, petits entrepreneurs.
Retour à Madagascar et retraite - Ce fut enfin le retour à Madagascar début 2006, cette fois du côté d’un « petit », puisque positionné comme coopérant en appui à une ONG dont j’avais été l’un des fondateurs quinze années auparavant, l’ONG « TAFA », celle qui avait été le très cœur très actif de l’aventure du « semis direct », et contraint alors à subir deux années de soumission à la réalité implacable de « la raison du plus fort ». Très forte leçon d’humilité …
Venait ensuite le temps de la retraite avec un choix de résidence en famille sur la belle ville d’Antsirabe, où après un intérim très enrichissant de 20 mois de consul honoraire de France, je coule un séjour paisible me partageant entre épouse et fillette, et quelques engagements associatifs, interventions ponctuelles auprès des universités locales et de l’observation attentive et sereine (pas toujours) des évolutions de notre Planète. Sans oublier les parenthèses annuelles des congés dans l’Hexagone, nous offrant l’opportunité de raviver nos racines familiales, notamment avec ma grande fille parisienne et ses deux enfants, et permettant à mon épouse et notre fillette d’enrichir leur attachement à leur seconde patrie et à la terre cévenole.
Bilan sommaire- En bilan je ne peux que remercier le Ciel de m’avoir offert la formidable opportunité de vivre les diverses facettes de nos métiers d’ingénieurs du Vivant, d’avoir pu le faire dans la joie du partage avec le monde de la jeunesse, dans la découverte d’univers passionnants, de rencontres avec des personnages fabuleux, et la liste est longue de tous ceux auxquels je pense, dans le constat permanent de l’étonnante générosité d’une nature, qui se jouant des planifications et autres certitudes, est riche de ses fantaisies et imprévus, de la magie toujours renouvelée des interrelations entre plantes et milieux et toujours porteuse des réponses aux questions qu’en pleine humilité on veuille bien lui poser.
J’y ai conforté également, l’énorme admiration que j’ai toujours portée à nos « anciens », dont le génie de l’observation, de la description, de l’anticipation, m’a toujours fasciné, ainsi qu’à l’étonnante capacité des populations insulaires et rurales à trouver les voies les plus originales d’une adaptation à des milieux souvent difficiles .
Je ne puis que souhaiter à nos jeunes collègues de vivre aussi pleinement les mêmes aventures.
Jean-Louis Reboul
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