Philippe Bruneau de Miré, Correspondant du Muséum National d’Histoire Naturelle
Né le 21/10/1921.
Scolarité : Paris - St. Honoré d’Eylau (collège Sainte-Croix). Falaise (14) - Collège Louis-Liard Cliff (14). Caen (14) – Collège Sainte-Marie, puis baccalauréat en 1938 Caen (14).
1938-39 – Faculté des sciences de Caen (Botanique – Zoologie).
1940 – Après la débâcle, service dans les Chantiers de Jeunesse en Algérie à Blida – El Affroun
1940-41 – Faculté des sciences de Lyon, puis Paris la Sorbonne (Botanique, Zoologie, Géologie) 1940-41.
1942 – Réfractaire au STO, je suis interdit d’accès à la Sorbonne. La police prévient mon logeur (Mr. Vesperini, un ancien commissaire de police) qu’elle viendra me chercher le lendemain. On me fournit une nouvelle carte d’identité (Vauquelin).
A défaut de la Sorbonne, je suis accueilli au Muséum National d’Histoire Naturelle par le Pr Jeannel, titulaire de la chaire d’entomologie, grâce à un de mes anciens condisciples de l’université, Clément Legros, trop âgé pour le STO.
1943-44 – Je survis comme pigiste auprès de l’hebdomadaire « 7 Jours » de Max Core qui m’a soutenu durant ces moments difficiles, mais je poursuis par goût, souvent avec Clément ou d’autres collègues, la prospection entomologique de forêts d’Ile-de-France et la fréquentation du laboratoire d’entomologie du Muséum. Pur produit de l’école buissonnière, je suis ainsi conduit à ne plus remettre les pieds dans une université qui m’avait rejeté et que je rejette à mon tour.
Familier de Fontainebleau, je suis averti de menaces pesant sur la forêt. Les hivers étaient rudes, Paris avait froid faute de charbon, les autorités de l’époque avaient décidé de couper les « réserves artistiques » jugées improductives en commençant par la plus belle et la plus ancienne d’entre elles, le Bas-Bréau, pour sa commodité d’accès car située route de Paris près du bornage. Mon voisin de stalle au laboratoire d’entomologie était un officier de la Wechmacht, le baron Breuning, connu pour son ouvrage « Monographie der Gattung Carabus » qui fait autorité encore aujourd’hui. Originaire de Llubliana en Slovénie, sa parfaite connaissance de la langue française lui avait permis de se faire affecter comme interprète auprès de la Kommandantur et de se consacrer à l’entomologie à ses moments de liberté. Nous lui fîmes part Clément et moi de notre souci et il s’en ouvrit auprès de général von Chölitz qui fit interrompre l’abattage et le reporter dans un canton moins sensible, les Monts de Fays.
1945-46 – Je pose ma candidature à l’Office National Anti-Acridien à l’Institut National Agronomique de Maison-Carrée (Algérie) en vue de la recherche sur la biologie des acridiens. Période d’initiation au laboratoire puis détaché comme chef de groupe de lutte anti-acridienne auprès de la Protection des Végétaux à Rabat (Maroc) et campagne dans le Sous.
1947-48 – Deux missions successives en Mauritanie consacrées à l’étude botanique des zones de reproduction du criquet pèlerin, la première : un transect sud-nord à chameau du Sahara de Tamchakett à Bir-Moghrein, la seconde : une prospection des confins sahéliens de la Mauritanie méridionale. En outre, durant cette période et jusqu’en 1953, j’ai participé durant mes congés à 8 campagnes biospéologique en Ardèche en compagnie de J. Balazuc, A. Reymond (de la Croisière Jaune), F. Pierre, J. Theodorides, B. Sigwalt, etc.
1949 – Première prospection au Tibesti (Nord-Tchad) avec ascension de l’Emi-Koussi et étude du piémont SW.
1950 – Prospection du massif de l’Aïr (Niger) et du Tamesna et mise en évidence dans cette dernière région de zones de reproduction du criquet. Autre prospection dans les confins sahariens algéro-marocains.
1951-56 – Installation d’une base fixe à Agadès (Niger) et mise sous surveillance du Tamesna à In Abangharit. Au cours de ce séjour, divers voyages et notamment une prospection des principaux massifs du Sahara central sur le pourtour du Tanezrouft (Hoggar, Adrar Ahnet, In Zize). Mise en œuvre d’une flore du massif de l’Aïr.
1957– Démission de l’Office National Anti-Acridien et année sabbatique au Muséum de Paris. Nommé correspondant du Muséum et attaché de recherches au CNRS sur proposition des professeurs Jeannel et Vandel (de l’Université de Toulouse).
1958-61 – Diverses missions au Tibesti, dans l’Ennedi, seul ou en compagnie des professeurs P. Quezel, J-A. Rioux, J. et M.J.Tubiana, Capot-Rey etc., en vue d’inventaires botanique et zoologique. Un voyage au Djebel Marra (Soudan) pour le compte de l’INRA à la recherche de parasites de la mouche de l’olivier. Je suis décoré en 1960 du Mérite saharien sur proposition du géographe Capot-Rey pour mes travaux sur le Sahel et la Mauritanie. Une mission à travers le Tassili, le Ténéré et les confins lybico-tchadiens à la découverte de structures pétrolifères avec la SNREPAL (1961). Un survol de Fort-Lamy à Douala me surprend par la beauté des lacs de cratère du Cameroun.
1961-63 – Je me marie. Je me consacre au Muséum au dépouillement de mes données.
1964-74 – Je me décide à accepter un poste d’entomologiste à l’Institut Français du Café et du Cacao au Centre de Recherches Agronomiques de Nkolbisson à Yaoundé (Cameroun). Je consacre ainsi
les 10 années suivantes à l’étude des ravageurs des cultures de café et de cacao mais j’en profite pour prospecter les montagnes et le Nord-Cameroun et je collecte ainsi un très important matériel entomologique déposé pour la plus grande partie au Muséum National d’Histoire Naturelle. Au cours de cette période je découvre, le déclassement des « Réserves Artistiques » de Fontainebleau par l’ONF nouvellement instauré et la coupe à blanc par les forestiers français du Bas-Bréau que j’avais contribué à sauver de la hache allemande durant la guerre.
1974-1984 – Je crée à Montpellier dans le cadre du GERDAT, devenu par la suite le CIRAD et dans lequel est intégrée ma structure d’accueil, un laboratoire de faunistique destiné à l’identification des ravageurs des cultures tropicales et des espèces qui leur sont associées. Je suis décoré du Mérite national. Je prends ma retraite en 1984.
1985-86 – Deux missions cacao pour le compte du GERDAT au Cameroun, puis 2 missions café pour la FAO au Kivu.
1987 – Au cours de 40 années au contact de l’Afrique, j’ai pu mesurer l’ampleur des dégradations irréversibles infligées à la Planète, parfois même inconsciemment par moi-même. D’un pays immense et, me semblait-il, sans limites j’ai vu l’horizon se rétrécir comme peau de chagrin. Dans d’autres voyages, j’ai découvert d’autres régions du globe toutes aussi malmenées et en revanche, aux Etats-Unis, suite aux initiatives françaises restées sans lendemain, les efforts qui ont été entrepris pour la sauvegarde des espaces naturels. Aussi, tout en continuant à travailler au Muséum sur la faune africaine, je me suis impliqué à travers le milieu associatif, dans des actions de protection des milieux.
1996 – Participation au Congrès de l’UICN à Montréal, mandaté par la mairie d’Avon partisane de la création d’un parc national à Fontainebleau.
1998 – La célébration du cinquantenaire de l’Union Mondiale pour la Nature (UICN), créée à Fontainebleau, a été pour moi l’occasion d’une nouvelle action en faveur de la forêt pour qu’un parc national la mette définitivement à l’abri des errements passés et lui permette, aux portes de Paris, de jouer, comme dans ma jeunesse, pleinement son rôle d’introduction à la nature pour tous ceux dont l’horizon se limite au béton des villes. Cette action s’est heurtée à l’opposition vigoureuse de différents lobbies, malgré ma participation et celle de nombreux scientifiques à un groupe de réflexion dite commission Dorst qui a démontré la faisabilité d’un parc national. Ce projet ne voit toujours pas le jour, les élus se montrant plus soucieux du développement d’un parc de loisirs que d’une réelle défense de notre patrimoine naturel.
1999- 2005 – Suite au congrès de l’UICN, fut créée la Réserve de Biosphère de Fontainebleau à laquelle je fus associé par Jacques Lecomte de l’INRA coordinateur du projet. Avec le soutien de Patrick Falcone de l’ONF, je dirigeais un observatoire de la biodiversité destiné à estimer l’impact des réserves biologiques (RBI) et la fréquentation du public sur la biodiversité. Cette étude fut diversement appréciée et resta lettre morte dans les archives de l’ISIGE Mines Paris-Tech de Fontainebleau. Lors de la création d’une association de loi 1901 réunissant des élus au sein d’un conseil d'administration gérant la réserve, mon mandat au conseil scientifique ne fut pas renouvelé.
2001 – Nommé au Conseil Scientifique Régional de Protection de la Nature d’Ile-de-France (CSRPN), je me suis consacré à la désignation des sites Natura 2000 pour la Région puis des zones d’intérêt écologique (ZNIEFF) tout en continuant mon activité au Muséum. J’ai participé aussi au conseil d’administration de la Société Nationale de Protection de la Nature (SNPN) et de l’Association des Naturalistes de la Vallée du Loing (ANVL), au conseil scientifique de la Réserve Nationale de Camargue, au comité français de l’UICN en tant qu’expert ainsi qu’à différentes commissions départementales. J’ai participé aussi à la création des RNV (devenues RNR) du Marais de Larchant et du Prieuré Saint-Martin dont je suis devenu administrateur.
2013 – A l’occasion du cinquantenaire de l’ANVL, publication de mon livre sur la Forêt de Fontainebleau vue au travers de son entomofaune, intitulé « Fontainebleau, Terre de Ren-contres ».
2015 – En raison de mon âge (94 ans) je crois devoir abandonner ces différentes activités et me retire à Montpellier.
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