Nous avons appris avec tristesse la mort de notre collègue Pierre Siband le 23 mai dernier à Perpignan, à l’âge de 76 ans.

Après ses études d’agronomie à l’Ensa de Montpellier, promo 1965, et une spécialisation en pédologie, Pierre a passé une année à l'ESAT de Nogent en 1968 pour rejoindre l’IRAT en 1969.

Il est affecté avec sa famille au Sénégal, d’abord sur la station de Séfa, où sa seconde fille est née en décembre 1970 dans des conditions particulièrement difficiles, puis sur la station de Bambey en 1972. Il a poursuivi ses travaux en Côte d’Ivoire, à Bouaké entre 1980 et 1985, avant de rejoindre Montpellier. En 1992, dans le cadre de l’organisation matricielle des nouveaux départements du Cirad, Pierre est chargé de monter une unité d’écophysiologie, l’UR-Fonctionnement du Peuplement Végétal, qu’il va diriger jusqu’à son affectation en 1998 à l’IRRI, aux Philippines. C’est là qu’il vivra le drame terrible qui va bouleverser sa vie : sa femme Line et sa fille Anne-Catherine meurent dans un accident de la route en décembre 1999. De retour à Montpellier en 2002, il prendra sa retraite en 2007.

pierresiband

Pierre a travaillé sur de multiples sujets tout au long de sa carrière, en étant le plus souvent un visionnaire et un précurseur. Agropédologue de formation, il aborde l’étude des sols rouges de Casamance par la méthode originale des chronoséquences, s’intéresse à l’efficience agro-économique, développe un premier modèle de bilan hydrique et, plus tard, explorera de manière aussi innovante l’effet rhizosphérique. Le texte fondateur qu’il a rédigé pour l’UR-FPV conceptualise les bases de la réflexion écophysiologique encore utilisées aujourd’hui sur ce nouvel objet scientifique que constitue le peuplement végétal, entre la plante des généticiens et l’itinéraire technique des agronomes.

A une époque où la plante est spécifique, Pierre transgresse les barrières. Il conduit sa thèse d’état sur le fonctionnement d’un peuplement de mil en conditions sèches ; il travaille ensuite sur le riz à Bouaké, puis à l'IRRI. A Montpellier, il théorise les phénomènes de compétition entre plantes et de compensation entre composantes du rendement sur le maïs avec Joseph Wey, travaux qui serviront de base à la conception de nouveaux modèles mécanistes de culture portés par Michael Dingkhun ; sur Canne à sucre, il dirige Jean-François Martiné et le développement du modèle Mosicas ; sur Sorgho, il encadre Tanguy Lafarge sur la modélisation de la mise en place de la surface foliaire en conditions sahéliennes, en partenariat avec le LEPSE.

Avec son esprit brillant, Pierre a incarné clairement la dimension recherche au Cirad, tout en portant un regard très attentif sur les résultats de ceux qui se confrontaient aux réalités du terrain. Il aimait passionnément le débat scientifique, exprimant ses analyses originales, diffusant son immense culture, stimulant toutes les initiatives des jeunes chercheurs. Il n’était ni dogmatique ni censeur et faisait volontiers confiance aux autres, avec une profonde gentillesse et bienveillance, ce qui n’empêchait pas un esprit critique redoutable, qui ne lui pas attiré que des amis. De très nombreux chercheurs du Cirad ont profité de ses talents et de sa pédagogie, en particulier au travers de l’encadrement des thèses pour lesquelles il avait une affinité particulière.

Mais ce qui restera surtout dans nos mémoires, ce sont ses qualités intellectuelles et morales et sa résilience face aux drames familiaux qu'il a dû affronter. La douleur de la perte de sa femme et de sa fille l’ont conduit à sa retraite à consacrer toutes ses forces dans des recherches très poussées en généalogie et à rédiger une « Histoire inachevée des miens » courant sur 3 siècles, merveilleusement rédigée sur plus de 1700 pages et qui se lit avec passion.

En notre nom collectif, j’adresse à son épouse, Laurence, à ses filles Marie-Pierre, Gabrielle et Mathilde et à leurs familles, nos condoléances et notre soutien dans le moment difficile qu’ils affrontent.

L’enterrement a eu lieu en famille le 28 mai 2020 à 14h00 en l'Église de Saint-Clément-de-Rivière.                                                  

Michel Eddi 

Président directeur général

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siband 1972 siband 1978

Le Cirad avait annoncé qu’à compter du 1er avril, les Ciradiennes et Ciradiens retraités pourront candidater à un statut d’expert émérite. Il s’agit pour le Cirad de capitaliser les compétences en matière d’expertise dont il aurait besoin, de transmettre aux nouvelles générations de chercheurs les savoir-faire et les contacts liés à l’exercice de ce métier et de répondre aux demandes des partenaires, lorsqu'il ne disposera pas de suffisamment de ressources en interne. La situation actuelle de fermeture partielle du Cirad va certainement retarder la mise en place de ce statut. L’Adac s’emploie en à savoir plus. Dans l’attente d’informations supplémentaires, veuillez vous enregistrer pour connaître celles déjà disponibles et cliquer ici.

Sous l’égide de l’Adac, les curieux et amoureux du Maroc se sont retrouvés, le 8 janvier 2020, à l’amphithéâtre Jacques Alliot du Cirad pour assister à la présentation faite par Philippe Jouve d’un nouveau film auquel il a participé. Il nous avait déjà donné à connaître son intérêt à ce pays à travers une précédente séance cinématographique et une exposition de photos sur le Maroc. Cette fois, il s’agissait de nous faire découvrir Kasbat, une oasis de l’Anti-Atlas représentative de ce type d’agroécosystèmes que l’on trouve dans la région du Bani en bordure du Sahara. Entraînés par le talent du conférencier, nous avons découvert le magnifique environnement minéral dans lequel Kasbat se situe alors que l’oasis fut, au néolithique, au milieu d’une région verdoyante. Plus récemment, ce fut un lieu de coexistence entre Juifs et Arabes et un lieu de commerce caravanier transsaharien actif. Dans les temps modernes, son enclavement et les épisodes d’assèchement climatique avaient induit son repli et son déclin, au point que sa survie était menacée. Grâce à des associations comme l’Alcesdam et l’Azaghar, la mobilisation des populations locales a pu se faire autour de nombreux projets innovants (réhabilitation des dispositifs d’irrigation, régénération des palmeraies, mise en place de nouveaux forages à énergie solaire avec des dispositifs plus économes en eau, diversification des cultures, unité de traitement et conditionnement des dattes…). Parallèlement, le désenclavement routier opéré par l’Etat marocain a relancé l’économie locale avec des impacts positifs pour l’éducation, le statut des femmes, la limitation de l’émigration. Il reste que la viabilité économique de Kasbat et celle des autres oasis du Bani est incertaine. La création de services collectifs et de dispositifs de solidarité interrégionale de même que la valorisation touristique d’un riche patrimoine culturel et architectural donnent des marges de manœuvre et permet d’espérer de l’avenir. D’ores et déjà, le film fait valoir que l’organisation des acteurs oasiens et leurs efforts n’ont pas été vains. De plus, la beauté des images, soutenue par des choix musicaux originaux, lui confère une valeur esthétique qui a été appréciée par l’assistance. Après la présentation du film, celle-ci a posé de nombreuses questions à Phillipe Jouve. Sans surprise, elles ont concerné principalement les cultures d’oasis notamment celle de palmiers dattiers.

Vous devez être enregistré pour voir le film. 

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 annoncefilmKasbat

NourAhmadiNotre collègue Nour Ahmadi, doublement jeune en tant que retraité du Cirad et adhérent de l’Adac, a reçu de la main de Jean-Christophe Glaszmann l’insigne de chevalier de l’ordre national du Mérite à l’occasion d’une cérémonie organisée, le 11 décembre 2019, à l’amphithéâtre Jacques Alliot du Cirad. Cette distinction vient honorer un exemplaire parcours personnel. Embauché après sa thèse en génétique à Orsay en 1982, acquérant au Cirad une riche compétence professionnelle en exerçant des responsabilités de plus en plus importantes, il est devenu un expert internationalement reconnu de la sélection et de la génétique du riz. L’Adac le félicite et lui souhaite toute la réussite dans sa nouvelle vie.

Nous étions 26, le jeudi 26 septembre à vivre l’expérience inhabituelle d’un voyage en car pour une sortie récréative à la découverte des vallées industrieuses des Cévennes : ce mode de déplacement nous a paru plus approprié que la voiture individuelle pour rouler sur les routes sinueuses que nous avions à parcourir. Partis à 9 heures en bénéficiant d’un temps ensoleillé puis passant par Ganges et Saint-Hippolyte-du-Fort, nous sommes arrivés à Sumène, petite ville représentative des nombreux centres textiles des Cévennes du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Nous avons été accueillis par M. Serge Massal le dynamique directeur de l’entreprise familiale L’Arsoie-Cervin, la dernière fabrique de bas de luxe encore existante en Languedoc.cevennes2019 (13) Récupérant in extremis quelques-uns des derniers métiers à tisser Reading datant du plan Marshall, s’appuyant sur des ouvriers à la retraite pour faire redémarrer les machines au terme de deux ans de laborieux réglages, l’entreprise a pu sauver un savoir-faire unique qui lui permet aujourd’hui d’être la seule au monde apte à produire des authentiques bas artisanaux en nylon cristal, en 100 % soie et en cachemire et soie. Elle fabrique aussi des produits modernes : collants en soie/lycra, en cachemire ou des collants d’une transparence inégalée. L’entreprise qui exporte aujourd’hui dans le monde entier a reçu en 2016 le label « Entreprise du Patrimoine vivant ». Il reste qu’elle est freinée dans son développement par le manque de main-d’oeuvre qualifiée. Dans les années 1950, 800 personnes travaillaient à Sumène dans l’industrie textile. Aujourd’hui, elles ne sont plus qu’une trentaine dans l’entreprise L’Arsoie-Cervin alors que son directeur aurait de l’activité pour 150 employés. Le monde industriel, à l’image des impressionnantes et complexes machines que nous avons vues dans l’usine, n’éveille apparemment que peu d’intérêt auprès des jeunes.

La visite terminée nous nous sommes retrouvés au restaurant Autours des Mets au centre de Sumène pour un repas fort apprécié qui vaudra à l’établissement une appréciation élogieuse et méritée de notre ami Francis Ganry dans TripAdvisor. Reprenant ensuite la route en car, nous avons été jusqu’au beau Musée des vallées cévenoles à Saint-Jean-du-Gard. Celui-ci est installé dans une filature de soie dite Maison rouge qui fut la dernière à fermer en France en 1965. Nous avons pu y découvrir l’histoire des Cévennes et son lien avec le protestantisme qui est ici un élément identitaire important. Nous y avons été instruits de la façon dont la population a su exploiter un milieu naturel peu généreux en valorisant des productions agricoles parfois originales comme celle de la châtaigne. Enfin, il nous fut donné de mieux connaître l’esprit d’entreprise des cévenols qui réussirent au XIXe siècle leur adaptation au monde industriel textile grâce à la sériculture. Tout au long de la visite, de nombreuses vitrines avec d’ingénieux et souvent d’émouvants objets, des documents, des photos qui restituent une époque dont le musée s’emploie à sauver le souvenir. C’est donc au terme d’une journée bien remplie que le retour en car, aux mains d’un chauffeur expérimenté, nous a ramenés à Montpellier à 19 heures.

A l’issue de cette sortie, Francis Ganry, très inspiré, a rédigé ce poème :

Dans les Cévennes à Sumène, la soie est labeur et honneur.
Des Cévenols réussirent un jour cette gageure qui fit leur bonheur
De rehausser la qualité des bas et collants de quinze à neuf deniers.
Une telle prouesse fit la célébrité des Suménois qui glorifièrent le denier.
Et rendirent alors à la soie de Sumène, un véritable culte.
C'est ainsi que leur mesure, le denier, devint le denier du culte

 

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