C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition subite et inattendue de notre collègue, Geneviève Fliedel, ce mercredi 7 juillet.  Née le 5 février 1955, elle passa le baccalauréat en 1973 puis obtint les diplômes suivants : DEUG B en 1976, Maîtrise MST en 1978, DEA en 1979, Thèse de Doctorat en 1983 à l’USTL section sciences alimentaires et nutrition de Montpellier, intitulée Utilisation des sels de sodium d’acide gras pour l’étude et l’isolement des protéines de sorgho.

Elle est recrutée en janvier 1983 au Cirad-Ca à Montpellier comme chercheur technologue, chargée du programme sorgho. Ses activités de recherche sont alors axées sur la qualité des grains de sorgho : aptitude au décorticage des variétés, aptitude au maltage et aptitude à donner un bon « tô », un bon « ugali » ou un bon « bogobe ». Elle étudie aussi la résistance des grains aux insectes, leur dureté en cours de maturation, ainsi que la détoxification des grains riches en tanins pour leur utilisation en alimentation humaine.

Biochimiste et technologue de formation, Geneviève était une chercheuse passionnée et engagée ; elle appréciait travailler au contact et pour les populations rurales en Afrique. Elle a continuellement eu pour objectif de contribuer à une meilleure alimentation des populations en tentant d’améliorer, en particulier, les aliments traditionnels africains.  

Dès ses premiers travaux au Cirad, au début des années 80, elle s’est intéressée à mieux comprendre la qualité des plats préparés à partir de céréales (sorgho, fonio, mil, teff…), en étudiant la macrostructure et la composition biochimique des grains. Elle a ainsi consacré une grande partie de sa carrière à étudier la qualité des céréales avant de s’intéresser à d’autres aliments traditionnels d’Afrique et plus récemment aux racines, tubercules et bananes à cuire.

genevievefliedelDe 2010 à 2014, elle participa aux projets « Références AFTER » concernant les produits traditionnels africains revisités par la recherche : AFTER Ghana, Sénégal, Egypte, Afrique du Sud, Cameroun, Bénin, Madagascar. Et tout au long de sa carrière, elle participera à 13 conventions de recherche.

Ses travaux au contact des populations africaines lui ont permis de développer une démarche au travers d’enquêtes et de groupes de discussion pour l’évaluation des demandes des différents acteurs des chaînes de production, transformation et consommation mais aussi d’étudier avec précision les techniques de transformation et de préparation traditionnelles. Elle confrontait alors ses résultats à des analyses biophysiques de laboratoire. Son approche participative originale, au plus proche des utilisateurs, la passionnait et a largement rayonné au-delà des sphères du Cirad. Sa contribution à une meilleure compréhension des critères de qualité des produits africains mérite, en ce sens, d’être reconnue et soulignée.

De 1993 à 2019, elle effectua 91 missions dans presque tous les pays d’Afrique de l’Ouest, de l’Est et du Centre, ainsi qu’en Afrique du Sud et Madagascar. Elle participa et présenta des communications à de nombreux congrès, colloques et séminaires. Elle fit également de  l’enseignement et de la formation sur le terrain, sur les nouvelles techniques d’analyse et la technologie des céréales tropicales, pour la mise en place de tests sensoriels sur les produits traditionnels africains, pour l’encadrement de stagiaires et d’agents non Cirad. Elle rédigea 162 publications, recensées dans la base Agritrop et toutes accessibles en format numérique.

Geneviève était d’une grande exigence dans ses activités et apportait une minutie remarquable à tout ce qu’elle entreprenait. Au cours de ces dernières années, elle avait tenu à enrichir encore sa pratique en intégrant les aspects du genre dans ses activités et en mettant ainsi ses recherches au service des populations les plus vulnérables. D’une générosité et d’une sensibilité rares, Geneviève a été une source d’inspiration pour plusieurs générations de jeunes chercheurs en sciences alimentaires, en Europe et en Afrique. Elle a su fédérer autour d’elle une communauté scientifique internationale qui la regrette aujourd’hui.  

Scientifique brillante et particulièrement impliquée dans ses missions au service des consommateurs africains, elle restera dans la mémoire de ses collègues à l’UMR QualiSud et des nombreux scientifiques avec qui elle a collaboré, comme une personne dévouée et engagée à améliorer la vie des autres, en particulier celle des femmes des zones rurales d'Afrique. 

Nous adressons notre sincère soutien à sa famille et en particulier à son fils Yonen.