Que nous soyons agnostiques, catholiques ou d'une autre religion, les curés de nos paroisses en Afrique ont toujours participé de près ou de loin, à notre vie sociale. Nous leur sommes redevables de nos baptêmes, communions, mariages, voire obsèques ! Les religieuses aussi nous furent – ou nous sont encore – proches, toutes dévouées à leur vocation sociale pour l'école et la santé, ou simplement recherchées pour leur connaissance du milieu local. Il est juste de se souvenir d'elles et d'eux, d'honorer leur mémoire, ou de rappeler qu’ils ou qu’elles sont peut-être toujours à l’œuvre. Nous l'avons déjà fait pour soeur Chantal au Sénégal, pour sœur Thérèse au Cameroun. Nous continuons ici avec le Père Durand qui a œuvré parmi l’ethnie sérère au Sénégal.

tourteEtsonlivre

La publication récente de l’ouvrage de René Tourte Histoire de la Recherche agricole en Afrique tropicale francophone et de son Agriculture, de la Préhistoire aux Temps modernespar les éditions L’Harmattan est l’aboutissement d’une longue histoire qui mérite d’être contée. (Pour accèder à cette nouvelle édition, veuillez cliquer sur le titre de l'ouvrage).

Elle fait valoir la ténacité de l’auteur qui a surmonté bien des phases de découragement grâce au soutien continu de son épouse Christiane, de son ami Maurice Tardieu et à l’implication généreuse et collective de collègues, d’amis, de personnalités convaincus qu’une telle œuvre ne pouvait être pleinement valorisée qu’avec une édition papier.

Tout commença en 2005 quand la FAO, commanditaire de l’ouvrage auprès de René, après en avoir édité le volume I, fit savoir qu’elle ne publierait pas les volumes suivants, et ce malgré les interventions de Henri Carsalade, Gora Bèye et Jacques Eckebil. En 2012, le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, appuyé par le Président Abdou Diouf, alors Secrétaire général de la francophonie, s’engageait néanmoins à faire publier électroniquement les volumes II à VI (sortie effective le 28 février 2012). De plus, en mai 2012, grâce au Dr Modibo Traoré, ancien ministre malien, alors sous-directeur général du département de l’agriculture et de la protection des consommateurs, sensibilisé par Djibril Aw, cadre de la Banque mondiale, ancien directeur de l’Office du Niger, et à la contribution de Madame Bérengère Quincy, ambassadrice française auprès de la FAO, le livre parut dans son intégralité sous forme d’un CD-Rom.

ou la force tranquille d’un homme déterminé

1973   Sitapha Diatta sur le bac de Ziguinchor en CasamanceSitapha Diatta est né en 1945. Il serait originaire du village de Dianki en basse Casamance, à quelque 20 kilomètres à l’ouest de Bignona, zone de bas-fonds et de « bolongs » liés à l’estuaire du fleuve Casamance.

Après l’obtention d’un diplôme d’ingénieur agronome (Nancy, 1967), il fut recruté par l’Irat (Institut de recherche en agronomie tropicale) en 1972 avec Mamadou Sonko (Toulouse, 1968), deux agropédologues, à l’œuvre en Casamance pour le premier et sur le fleuve Sénégal pour le second. Puis, dans les années 1980-1985, Sitapha Diatta dirigea le département AgroBio de l’Isra (Institut sénégalais de recherches agricoles). Comme nombre de ses collègues avant lui, il manifesta le désir d’œuvrer dans le système international. C’est alors que les épreuves s’enchaînèrent ; des épreuves dont il se releva, grandi, là où beaucoup auraient renoncé.

Première épreuve

Un appel à candidatures de l’Adrao (Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest) lui offrit cette opportunité. Il informa donc ses supérieurs hiérarchiques de sa volonté de passer les épreuves de sélection à l’Adrao dont le siège était à Monrovia (Liberia). Jacques Diouf, alors secrétaire d’État à la Recherche, refusa catégoriquement, et sa décision prévalut sur celle du ministre de l’Agriculture. Vraisemblablement, sa décision fut motivée par le fait que Sitapha était éligible à de grandes responsabilités au sein de l’Isra, et que cet institut connaissant quelques turbulences avec le départ de Gora Beye, Jacques Diouf avait envisagé que Sitapha remplace Gora Beye. Il était admis à l’Isra qu’un cadre puisse postuler à un poste international, mais après qu’il eut acquis une certaine carrure dans son institut. C’est ce que pensait sans aucun doute et avec raison le ministre Jacques Diouf, mais précepte que lui ne s’était pas appliqué, car il fut nommé de 1965 à 1971 secrétaire exécutif du Conseil africain de l’arachide, avec résidence à Lagos, après sa sortie de l’Esaat (École supérieure d'application d'agriculture tropicale).

Qu’à cela ne tienne, Sitapha prit des congés et partit au Liberia sur ses deniers personnels, passer le concours. Il réussit haut la main les épreuves de sélection et l’Adrao se félicita d’avoir recruté un pédologue de haut niveau. Mais Jacques Diouf en fut fort irrité et maintint son opposition.

Qu’à cela ne tienne, Sitapha démissionna de l’Isra et partit occuper son poste à Monrovia. Jacques Diouf refusa la démission de Sitapha et fit jouer les relations diplomatiques entre le Sénégal et le Liberia pour obliger Sitapha à quitter le Liberia, où il fut déclaré persona non grata. Il dut revenir au Sénégal. Tombé en disgrâce aux yeux de sa hiérarchie (mais pas de ses collègues), il attendit patiemment que le vent tourne en sa faveur. Ce jour arriva quand Jacques Diouf fût nommé en 1984 conseiller du président du Centre canadien de recherches pour le développement international (CRDI) à Ottawa.

Sitapha repartit alors la tête haute à l’Adrao.

Deuxième épreuve

Au milieu des années 80, la fermeture de l’Adrao était envisagée très sérieusement. Compte tenu de l'importance du riz pour les pays membres, il fut décidé de transformer l'association1976   De gauche à droite, Robert Nicou, Y. Dommergues et Sitapha Diatta à Séfa en Casamance en un centre du GCRAI (Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale) avec un accent particulier sur les écosystèmes rizicoles majeurs, dont les mangroves et le Sahel, en Afrique de l'Ouest et centrale. A notre connaissance, seuls trois agents non titulaires de PhD furent retenus pour le transfert à Adrao/GCRAI/Bouaké dont Sitapha Diatta. Il participa donc au transfert Monrovia-Bouaké avant même que les nouveaux appels d'offres aient été publiés (en 1988). Mieux, il réalisa, assisté de son collègue géographe américain Larry Becker, la cartographie agropédologique du site de Mbé une fois que le nouveau management a décidé de se fixer en Côte d'Ivoire sur l'ancien périmètre rizicole de 700 ha de la célèbre Soderiz, offert par l'État ivoirien.

Il était donc en place lors des interviews auxquels tous les nouveaux candidats « shortlistés » avaient été conviés (en 1989). La réglementation officielle requerrait d’être titulaire d'une thèse ou d’un PhD pour intégrer le corps des chercheurs. Sitapha n’était pas docteur ! Il était pourtant ingénieur agronome (Nancy) et – excusez du peu : diplômé de pédologie de l’Orstom (Office de la recherche scientifique et technique outre-mer) ! – mais il n’y a pas d’équivalence à ces diplômes chez les Anglo-Saxons ! Le Dr Kanwar Sahrawat, chercheur expérimenté en sciences du sol qui jouissait d'une longue expérience professionnelle au centre Icrisat (International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics) d’Hyderabad, remplaça Sitapha relégué au niveau d’assistant de recherche.

Qu’à cela ne tienne, âgé de plus de 45 ans, Sitapha se mit en devoir de passer une thèse. Il me contacta alors au Cirad sachant que notre laboratoire de Montpellier était un laboratoire d’accueil de doctorants à l’INPL (Institut national polytechnique de Nancy). Avec Roger Bertrand, pédologue reconnu, qui faisait partie de notre équipe de recherche au Cirad, nous prîmes alors contact avec le Pr Herbillon de l’université de Nancy qui accepta Sitapha en thèse avec Roger Bertrand comme directeur de thèse. Par la suite, Claude Chevery et Jean-Claude Rémy furent nommés rapporteurs, du beau monde ! Il soutint brillamment sa thèse en 1996, à plus de 50 ans !

Sitapha retourna la tête haute à l’Adrao, devenue depuis septembre 2009 Centre du riz pour l’Afrique (AfricaRice).

Troisième épreuve

L’embellie fut de courte durée, car un nouvel obstacle allait lui faire barrage, et celui-là ne fut pas des moindres. Quelque temps après son retour à son poste à Bouaké, AfricaRice décida de se séparer de lui, et nous ne savons pas pour quelle raison interne. Son directeur de thèse prit alors sa plume et écrivit au directeur d’AfricaRice en critiquant vivement son intention. Connaissant le talent littéraire et la pugnacité de Roger Bertrand, l’on se doute qu’il sut user de mots convaincants, car Sitapha fut conforté dans son poste. Une épreuve, mais heureusement éphémère ce qui explique sans doute pourquoi elle passa quasi inaperçue dans son entourage.

« La persévérance gagne le succès »

 « … la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque : au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu’elle est éternelle et puissante comme Dieu même. » Sitapha Diatta incarne cette Pensée de Blaise Pascal. J’en veux pour preuve ces deux hommages qu’il reçut en reconnaissance de services rendus, qui sont autant de « vérités » pour lesquelles il a combattu, qui relèvent de la science et de la bravoure. En ce qui concerne la science, il s’agit bien sûr de la pédologie qu’il mit à profit de nombreuses fois, et notamment pour choisir l’emplacement du centre Adrao de Bouaké. En ce qui concerne la bravoure que ses proches lui reconnaissent unanimement, il en fit notoirement preuve pendant la guerre en Côte d’Ivoire où il est resté à Bouaké (Bouaké pourtant fortement attaqué, même bombardé !) pour sauver l’Adrao. Voici ces deux hommages :

- le 21 septembre 2001, lors du 30e anniversaire de l’Adrao, il fut élevé au grade d’officier dans l’ordre du Mérite ivoirien par le Premier ministre du pays hôte, la Côte d’Ivoire, au nom du Président de la République, pour sa contribution, en tant que pédologue, à la sélection du site de l’Adrao et à son établissement en Côte d’Ivoire, ainsi que pour les services rendus depuis 1986 ;

- le 20 janvier 2014, des donateurs de la FAVL (Friends of African Village Libraries) dont le slogan est « une bibliothèque pour chaque village d'Afrique ! » rendent hommage à des personnalités exceptionnelles et s'en souviennent. Ce jour-là, ils honorèrent feu Sitapha Diatta et AfricaRice écrivit à ce sujet : « Nous avons reçu une merveilleuse lettre et un don rendant hommage au Dr Sitapha Diatta. Le bailleur de fonds écrit : Sitapha Diatta était spécialiste des sciences du sol au Centre de recherche sur le riz en Afrique depuis ses débuts en tant qu'association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest à Monrovia... Il est resté à l'Adrao en Côte d'Ivoire pendant le conflit pour surveiller le reste des installations, alors que l’Adrao devenue AfricaRice était transférée à Cotonou. Il est décédé en mars, une personne formidable, un scientifique solide et un ami et collègue loyal. »

Sitapha Diatta nous a quittés prématurément, en mars 2013. Il venait de prendre sa retraite. A Dakar, chez lui, un soir, il dit à son épouse : « Je vais me reposer ». Et il s’est éteint paisiblement dans son lit.  

Conclusion

« Écrire la mémoire d’un homme d’une telle détermination, aux incontestables compétences, est amplement mérité. Cet éloge pourrait être l’histoire d’une vie modèle pour bien des jeunes scientifiques à l’engagement hésitant. » (René Tourte)

Les travaux de Sitapha Diatta confirment la primauté et la nécessité des approches pédologiques et géologiques pour la mise en valeur des sols face aux problématiques actuelles de pénurie de l’eau, d’économie des engrais et de développement durable. Il suffit pour cela de lire le résumé de sa thèse. Plus généralement, l’importance des études pédologiques en agriculture – à AfricaRice, mais ailleurs aussi – nous autorise à alerter nos instituts de recherche, y compris le Cirad, sur les conséquences fâcheuses de la disparition de cette discipline de la science du sol et de se rappeler que cette expertise fut un des fleurons du Cirad et de ses partenaires du Sud (avec Roger Bertrand, Gora Beye et bien d’autres dont Sitapha Diatta).

Francis Ganry

16/01/2020

 

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1978   De gauche à droite  Francis Ganry, Sitapha Diatta et le Pr Söchtig en 1978, dans une fosse pédologique (sol deck) à la station de Bambey 1978   Symposium AIEAFAO de Colombo du 11 au 15 Décember. De gauche à droite  Georges Vachaud de l'Institut de mécanique de Grenoble, Claude Dancette, Sitapha Diatta, Francis Ganry et François Reyniers

 

Première action de tutorat de l'Adac (F. Ganry)


salledeclasse

Le Lycée général - Internat d'excellence avait sollicité l'Adac pour une intervention devant les élèves de premières ES/L dans le cadre du module «Nourrir l'Humanité», auprès du professeur de SVT.

J.P. Gaillard et F. Ganry ont alors rencontré le professeur de SVT, Mlle Nathalie Bonnet, le 23 janvier pour discuter des modalités d'une intervention de F. Ganry sur le thème Rôle de l'élevage, via le fumier, dans le développement d'une agriculture durable en zone soudano-sahélienne. Cas du Sud Mali.
Cette intervention se fit le 23 mai 2013, de 8 h 30 à 10 h 30, en présence du professeur. Elle se déroula dans de très bonnes conditions (accueil, support technique avec notamment un tableau blanc interactif, motivation du professeur, et intérêt manifeste d'une partie des élèves (ce qui n'était pas gagné d'avance !).
Le professeur me fit part de son souhait de renouveler l'expérience l'année prochaine sur le sujet des « Plantes de services » (ce dont elle nous avait déjà parlé le 23 janvier), et également de pouvoir faire visiter un laboratoire du Cirad aux élèves de terminales dans le cadre de leur cours de physique-chimie. Je lui ai suggéré le laboratoire « Analyses des eaux, sols et végétaux ». Elle écrira au président de l'Adac pour repréciser sa demande.

Le jeudi 27 février 2014, l’Adac a organisé une double collecte sur les sites de Lavalette, de Baillarguet et du Parc scientifique :

Des aliments au bénéfice de la Banque alimentaire de l’Hérault : conserves, lait, etc.
Des lunettes en vue de les redistribuer au Burkina Faso par l’intermédiaire d’un cabinet d’ophtalmologie de Bobo Dioulasso qui, après recyclage, les distribuera gracieusement à ceux qui en ont besoin.
Plusieurs membres du bureau se sont mobilisés et cette collecte a permis de récolter 120 Kg de denrées alimentaires. Ces denrées représentent environ 220 repas ce qui pour les représentants de la Banque alimentaire est satisfaisant..

Alors que les résultats de la collecte alimentaires sont très modestes, la collecte de lunettes a remporté un franc succès avec 220 paires de lunettes de vue et 20 paires de lunettes de soleil qui sont peut-être de vue.

 

Visite de la Banque alimentaire de l’Hérault

Le 24 mai 2013, une quinzaine d’adhérents se sont retrouvés pour visiter la Banque alimentaire de l’Hérault, au Crès. Avec notre collègue et ami Claude Daniel, Alain Béréziat, président, et Jean-Louis Granger, responsable de la communication, nous ont guidés dans la visite de cette association.