Pierre Siband

Nous avons appris avec tristesse la mort de notre collègue Pierre Siband, le 23 mai dernier, à Perpignan, à l’âge de 76 ans.

Né le 17 janvier 1944, après ses études d’agronomie à l’Ensa de Montpellier, promo 1965, et une spécialisation en pédologie, Pierre a passé une année à l'Esaat de Nogent, en 1968, pour rejoindre l’Irat en 1969. Il est affecté avec sa famille au Sénégal, d’abord sur la station de Séfa, où sa seconde fille est née en décembre 1970 dans des conditions particulièrement difficiles, puis sur la station de Bambey en 1972. Il a poursuivi ses travaux à Bouaké en Côte d’Ivoire, entre 1980 et 1985, avant de rejoindre Montpellier. En 1992, dans le cadre de l’organisation matricielle des nouveaux départements du Cirad, Pierre est chargé de monter une unité d’écophysiologie, l’UR Fonctionnement du peuplement végétal, qu’il va diriger jusqu’à son affectation en 1998 à l’IRRI, aux Philippines. C’est là qu’il vivra le drame terrible qui va bouleverser sa vie : sa femme Line et sa fille Anne-Catherine meurent dans un accident de la route en décembre 1999. De retour à Montpellier en 2002, il prendra sa retraite en 2007.

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Pierre a travaillé sur de multiples sujets tout au long de sa carrière, en étant le plus souvent un visionnaire et un précurseur. Agropédologue de formation, il aborde l’étude des sols rouges de Casamance par la méthode originale des chronoséquences, s’intéresse à l’efficience agro-économique, développe un premier modèle de bilan hydrique et, plus tard, explorera de manière aussi innovante l’effet rhizosphérique. Le texte fondateur qu’il a rédigé pour l’UR-FPV conceptualise les bases de la réflexion écophysiologique encore utilisées aujourd’hui sur ce nouvel objet scientifique que constitue le peuplement végétal, entre la plante des généticiens et l’itinéraire technique des agronomes.

A une époque où la plante est spécifique, Pierre transgresse les barrières. Il conduit sa thèse d’Etat sur le fonctionnement d’un peuplement de mil en conditions sèches ; il travaille ensuite sur le riz à Bouaké, puis à l'IRRI. A Montpellier, il théorise les phénomènes de compétition entre plantes et de compensation entre composantes du rendement sur le maïs avec Joseph Wey, travaux qui serviront de base à la conception de nouveaux modèles mécanistes de culture portés par Michael Dingkhun ; sur canne à sucre, il dirige Jean-François Martiné et le développement du modèle Mosicas ; sur sorgho, il encadre Tanguy Lafarge sur la modélisation de la mise en place de la surface foliaire en conditions sahéliennes, en partenariat avec le LEPSE (Laboratoire d’écophysiologie des plantes sous stress environnementaux).

Avec son esprit brillant, Pierre a incarné clairement la dimension recherche au Cirad, tout en portant un regard très attentif sur les résultats de ceux qui se confrontaient aux réalités du terrain. Il aimait passionnément le débat scientifique, exprimant ses analyses originales, diffusant son immense culture, stimulant toutes les initiatives des jeunes chercheurs. Il n’était ni dogmatique ni censeur et faisait volontiers confiance aux autres, avec une profonde gentillesse et bienveillance, ce qui n’empêchait pas un esprit critique redoutable, qui ne lui pas attiré que des amis. De très nombreux chercheurs du Cirad ont profité de ses talents et de sa pédagogie, en particulier au travers de l’encadrement des thèses pour lesquelles il avait une affinité particulière.

Mais ce qui restera surtout dans nos mémoires, ce sont ses qualités intellectuelles et morales et sa résilience face aux drames familiaux qu'il a dû affronter. La douleur de la perte de sa femme et de sa fille l’ont conduit à sa retraite à consacrer toutes ses forces dans des recherches très poussées en généalogie et à rédiger une « Histoire inachevée des miens » courant sur trois siècles, merveilleusement rédigée sur plus de 1700 pages et qui se lit avec passion. En notre nom collectif, j’adresse à son épouse, Laurence, à ses filles Marie-Pierre, Gabrielle et Mathilde et à leurs familles, nos condoléances et notre soutien dans le moment difficile qu’ils affrontent.

 

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